C'est
une petite scène de comédie que j'ai
écrite à la va-vite après un échange de messages sur l'aspect
esthétique (ou plutôt inesthétique, en fait...) des organes masculins
au repos.
Conseil
d'administration
(Kayelle tient à remercier la main anonyme qui lui a fait passer la
transcription de la séance du conseil d'administration où une décision
fut prise sur la forme et le fonctionnement des organes sexuels
masculins. Elle a reçu ce document par le plus grand des hasards le
jour même où l'aspect esthétiques de ces dits organes était discuté sur
le forum. Il va de soi que le moindre mot de cette transcription est
authentique.)
(le
président de séance)
: Bienvenue à vous tous. Un seul point à
l'ordre du jour pour cette séance : le système de reproduction du
nouveau modèle qui doit sortir dans quelques mois, "l'humain". Le
cahier des charges stipule que les deux variétés du modèle, appelés
respectivement… (il cherche dans ses papiers) "homme" pour le mâle et
"femme" pour la femelle"… (ricanements au bout de la table) Oui, je
sais que le choix des noms n'a pas fait l'unanimité… Mais maintenant
tout ceci a déjà été voté.
(celui
qui ricanait
interrompt le Président) : Ce nom de "femme"
est ridicule.Vous savez que j'ai voté contre la proposition et que j'ai
proposé qu'on garde les mots "mâle" et "femelle". Ma proposition n'a
pas été acceptée lors du vote, et j'en prends acte. Mais ça ne
m'empêche pas de considérer que j'avais raison.
(le
président, avec
tact) : Oui bien sûr, mais ce débat est clos.
Donc, pour revenir à l'ordre du jour : le cahier des charges exige que
l'homme et la femme puissent se reproduire par interaction entre deux
individus, un de chaque variété, d'une façon appelée… (il vérifie de
nouveau ses notes) "sexualité". Le problème est de savoir comment
l'homme va apporter son "spermatozoïde" — vraiment, la commission de la
terminologie a une imagination délirante. Où vont-il chercher tous ces
mots ? — pour le mettre en contact avec l' "ovule" de la femme. Je
crois que nous avons deux ou trois avant-projets ?
(une
petite voix s'élève)
: Vous m'aviez demandé un projet. C'est
le projet numéro 1 qui vous a été distribué (tout le monde cherche dans
ses documents). Comme vous le voyez, c'est un projet qui est
délibérément high-tech. La femelle… la femme, pardon, devrait se mettre
en position, couchée sur le dos, les jambes écartées, et actionnerait
alors un bouton sur le ventre du mâle qui projetterait les
spermatozoïdes, un peu sur le modèle du flipper. Quand un certain
nombre de spermatozoïdes auraient atteint la proximité de l'ovule, par
exemple un millier, la diode lumineuse que l'on implanterait dans le
nombril de la femme passerait du vert au rouge…
(le
président, gêné)
: Non, non, vous vous souvenez que nous avons
explicitement exclu tout recours à des signaux lumineux pendant le
processus de la reproduction humaine. D'autre part ce système me semble
entraîner un gaspillage de spermatozoïdes qui n'est pas très logique.
(l'auteur du projet, dépité, hausse les épaules et ferme son dossier)
(le
président)
: Le projet numéro 2, s'il vous plaît ?
(un membre de la commission tousse et prend la parole) : Nous
souhaitons proposer un projet plus classique, qui consisterait à fixer
sur le bas-ventre de l'homme une espèce de tuyau, qui irait déposer les
spermatozoïdes à l'intérieur du vagin de la femelle.
(un
autre membre)
: Mais ça ne marchera jamais ! Vous avez déjà essayé de faire entrer un
tuyau souple dans une cavité ?
(le
présentateur du
projet) : Nous avons pensé à l'objection, et
nous proposons un tuyau rigide. (il regarde autour de lui d'un air
satisfait, tout content de l'effet qu'il a causé)
(le
détracteur)
: Rigide ? Mais nous parlons bien d'aller placer
les sperma-trucs à 18 cm à l'intérieur de la femelle ? Vous allez donc
faire pendouiller un bâton rigide de 18 cm du bas-ventre du mâle ? Mais
c'est d'un ridicule !
(le
présentateur)
: Nous avons également pensé au problème, et je
dois dire que la solution que nous proposons est assez astucieuse
(content de lui). Il s'agit d'un tuyau qui, au repos, sera souple, se
repliera sur lui-même pour ne plus faire que 6 à 8 cm, et ne deviendra
rigide et long de 18 cm que lorsqu'il sera utilisé.
(le
détracteur, avec un
ricanement) : Et qu'est-ce qui le fera changer de
configuration ? L'opération du saint-esprit ?
(le présentateur, qui a pensé à tout) : Restons sérieux, je vous en
prie. Nous avons bien évidemment prévu un système à air comprimé. Le
moment venu, la femelle appliquera les lèvres sur le nombril du mâle et
soufflera bien fort, ce qui enverra la pression dans la tuyau et le
fera se dresser comme une baudruche. (il sort un modèle de son projet,
avec une baudruche qui pendouille ; quand il souffle dans un tube, la
baudruche se gonfle et se lève)
(silence,
puis plusieurs
voix s'élèvent) : Mais ça ne marchera
jamais ! Les systèmes à air comprimé ne sont pas fiables. Vous vous
rendez compte, un petit bobo, une piqûre de moustique, et paf, dégonflé
! : "quand tu souffles, je sens une fuite…" C'est ridicule, votre truc
!
(quelqu'un
qui était
resté silencieux jusqu'ici) : Je pense que ça
fonctionnerait bien mieux avec un système hydraulique, plus fiable,
plus puissant. Il suffit de prévoir un réservoir d'eau que l'on pourra
remplir par le nombril et qui…
(le
présentateur)
: Non, non, restons simples. Nous avons prévu un
autre projet au cas où l'air comprimé ne serait pas accepté, et ce
projet est justement hydraulique. Mais pour éviter d'ajouter un autre
circuit supplémentaire de liquide, nous avons étudié la possibilité
d'utiliser un liquide qui est déjà sur place : le sang. (silence
impressionné) Vous avez les détails en annexe C. (dans un grand bruit
de papiers, tout le monde s'y reporte)
(le
président)
: Le détail pourra être vu plus tard, mais la
solution me semble intéressante. Par contre, je voudrais revenir sur
deux ou trois détails qui me gênent un peu. D'abord, comment faire pour
que la peau accepte de passer de 18 cm à… je ne me souviens plus,
quelque chose comme 6 ou 8 cm, je crois ?
(le
présentateur)
: Il s'agira d'un nouveau modèle de peau très
fine, très souple, qui est en cours de conception et qui accepte
facilement de se rétracter. Et pour limiter un peu le problème, nous
avons prévu que quand le tuyau serait en fonctionnement, les derniers
centimètres ne seraient pas couverts par la peau et s'étendraient
au-delà de la gaine : ainsi la gaine ne devra atteindre que 14 ou 15 cm
au maximum, ce qui représente 3 ou 4 cm d'économie.
(le
président)
: Astucieux… Mais comment le tuyau rentrera-t-il
dans sa peau après usage ? Il faudrait d'une façon ou d'une autre
attacher la peau au but du tuyau, non ?
(le
présentateur)
: Oui, c'est vrai, nous n'avions pas envisagé ce
problème. Il faudrait quelque chose qui freine la peau en bout de
course… (il gribouille une note).
(le
président)
: Mon autre souci concerne les glandes… comment donc
a-t-on décidé de les appeler ? Ah oui, les "couilles". Vous vous
souvenez que malgré tous les efforts de nos ingénieurs, ils n'ont pas
réussi à les faire fonctionner à la même température que le reste du
corps : elles ont besoin de 34-35° maximum, alors que le corps
fonctionne normalement autour de 37°, voyez le cahier des charges.
Qu'avez-vous prévu ? un système avec liquide de refroidissement, par
exemple ?
(le
présentateur)
: Non, toujours pour faire simple, nous avons
fait le choix d'un refroidissement par air. Les couilles seront placées
dans un petit sac de peau qui pendra sous le tuyau ; elles seront ainsi
en permanence rafraîchies par l'air ambiant.
(un
détracteur)
: Sauf… sauf si un jour cette nouvelle espèce que
nous sommes en train de créer décide de cacher tout ça ! (rire général
à l'idée que les humains pourraient vouloir un jour porter des
vêtements). Ne riez pas : imaginez qu'un jour ils se mettent à vouloir
se fermer les jambes dans des gaines de peau de bête ou de n'importe
quoi d'autre (rires), et aussitôt le système de refroidissement par air
ne fonctionne plus.
(le
président, qui
trouve l'objection bien trop ridicule pour être
prise au sérieux) : Même si cette possibilité me semble
bien peu
probable, il suffit de donner à l'avance à ce type de gaines un nom
ridicule, qui devrait suffire pour en dégoûter la nouvelle espèce. On
pourrait appeler ça par exemple des "accordéons" ! (rire général)
(un
autre)
: Ou des "napoléons" !
(un
troisième)
: Non, j'ai une meilleure idée : des "pantalons". (la salle croule de
rire)
(le
président, un
sourire aux lèvres) : Voilà, on décide d'appeler
ça des "pantalons", et si la nouvelle espèce avait des velléités
d'inventer ça, rien que le nom ridicule les en découragerait.
(le
styliste, qui
s'agite depuis un moment pour avoir la parole
mais n'a encore rien dit) : En tant que designer et
consultant en
stylisme, je dois dire que ce que j'entends commence à m'effrayer un
peu : un tuyau souple et court qui va devenir long et rigide, la peau
qui ne va pas suivre jusqu'au bout mais qui devra néanmoins être fixée
à l'extrémité du tuyau pour que son retour soit guidé, un système
hydraulique alimenté au sang pour rigidifier le tout, qui va devoir
passer à côté du conduit à spermato-machin-chouettes — et on m'apprend
maintenant qu'en plus il y aura un sac qui pendra par en dessous ! Mais
vous vous rendez compte de l'usine à gaz que vous êtes en train de
créer ? À quoi ça va ressembler, tout ça ? Est-ce que vous êtes
conscients que nous sommes en train de recommencer le coup de
l'ornithorynque ? (menaçant) Je vous rappelle que j'avais voté contre
l'ornithorynque, et que j'ai refusé de signer le projet.
(le
président)
: Mais mon cher ami, vous voyez bien qu'il n'y a pas
d'autre solution. Je propose donc au vote le projet numéro 2, amendé
selon la discussion qui vient d'avoir lieu.
(le
présentateur, qui
l'interrompt) : Non, pas encore, Monsieur le
Président, j'ai encore un détail à présenter : il y a d'autres glandes
que les "douilles"… non… (consulte ses notes) les "couilles" ; ces
autres glandes seront placées à l'intérieur du ventre et, contrairement
aux… autres, doivent être tenues en permanence au chaud et éviter les
refroidissements. En conséquence, on a été contraint de prévoir une
zone de fourrure sur le bas-ventre au-dessus du tuyau.
(le
styliste lève les
épaules) : Ça y est, vous avez fini ? Il n'y
a plus d'autres complications à ajouter ? Parce que ça commence à bien
faire comme ça, non ? Vous allez bientôt nous dire qu'il faut que le
tuyau s'élargisse au bout pour avoir une chance de rester dans le vagin
de la femelle, ou que le bout soit arrondi pour pénétrer en douceur, ou
je ne sais quoi d'autre de ridicule !
(le
présentateur,
embarrassé) : Oui, bien sûr, je ne vous ai présenté que
les grandes lignes du projet…
(le
président,
minimisant l'ajout) : Bon, mais ça ne change pas
grand chose. Passons au vote à main levée. (il compte rapidement les
mains levées) Projet adopté par 8 voix, 3 voix contre, 2 abstentions.
Prochaine réunion la semaine prochaine, même jour, même heure, avec une
seule question, les organes de la reproduction de la femme. Je compte
sur les commissions qui vont se mettre au travail pour nous proposer un
projet simple, sans petits trucs qui pendouillent, etc. La séance est
levée, merci à tous. kayelle
—
un rien m'habille...