Le dépucelage de Kayelle : Le fantasme et la
réalité
Je voulais
que Pete soit mon premier homme. Et j'avais mis au point un
stratagème : foi de Kayelle, il allait y passer, qu'il le veuille
ou
non. J'avais
dix-neuf ans, d'ici deux ans je serais majeure — la majorité était
encore à vingt-et-un ans dans la France gaulienne — et il était temps
que je prenne mon avenir en main.
Mes parents louaient chaque
mois d'août un petit appartement de vacances dans une maison à
Valescure, derrière Saint-Raphaël, et c'est le décor que j'avais choisi
pour me donner à Pete, ce jeune nordique avec lequel j'avais pris
l'habitude de travailler mes devoirs à la fac. Je l'avais invité à
venir m'y retrouver deux ou trois jours, après avoir longuement hésité
à demander l'autorisation à mes parents, parce que ce genre de chose ne
se faisait guère à l'époque. Mais ils m'avaient déjà entendu parler de
lui, ils savaient que si j'avais réussi l'examen de propédeutique
c'était en partie grâce à l'aide que Pete m'avait patiemment apportée
pour l'anglais, et ils ne firent pas de difficulté. On expulserait mon
petit frère de sa chambre pour l'envoyer dormir dans le salon, où il
transfèra son oreiller en grognant que c'était injuste et que c'était
toujours lui qui était la victime.
Enfin, Pete arriva. Il avait
mis la journée entière dans sa vieille deux chevaux pour parcourir la
Nationale 7 chantée par Charles Trenet, la "route des vacances qui fait
d'Paris un p'tit faubourg d'Valence et la banlieue d'St-Paul de Vence,
ba-di-ba-doum-da-ba-da !" J'avais enfilé ma jupette la plus sexy,
celle
qui me dévoilait jusqu'à mi-cuissse, une audace pour l'époque, mais que
je jugeais acceptable en vacances, et que je portais sur une petite
culottte blanche que ma mère jugeait "trop voyante" : tant mieux, ça
voulait dire qu'on l'apercevait de temps en temps. Je veillerai à ce
que ça arrive quand Pete sera là : autant mettre tous les atouts de mon
côté ! Arrivé avec son teint blanchâtre, son accent étranger à
couper
au couteau et ses vêtements de ville, Pete semblait tout ébahi de voir
mes bras et mes épaules bronzés. Je ne pouvais m'empêcher de révasser à
l'effet que cela lui ferait de me voir en maillot de bain.
Avant
l'été, ma copine Josiane m'avait montré la petite merveille de maillot
de bain qu'elle s'était achetée, une vraie folie : un deux pièces
en
vichy comme celui de Brigitte Bardot, la grande mode de l'année.
Prestement elle quitta son pantalon, fit glisser sa culotte le long de
ses maigres cuisses et enfila la petite merveille : je fus ébahie
du
résultat, ma copine qui pourtant n'avait que la peau et les os
ressemblait à une vraie star, c'était Marilyn Monroe en personne qui se
pavanait devant la glace de l'armoire. Quand nous nous sommes aperçu
que le slip du maillot de Josiane risquait à tout instant de dévoiler
son nombril, nous sommes partis d'un grand fou rire. Il faut dire qu'à
l'époque dévoiler son nombril sur une plage était ce que nous
imaginions être le sommet de l'érotisme.
Contrairement à moi,
Josiane avait de l'argent, elle travaillait le samedi à la librairie de
la rue Victor Hugo, et ses parents étaient beaucoup plus libéraux que
les miens : jamais je n'aurais osé parler aux miens d'acheter un
deux
pièces, et j'étais condamnée à des maillots une pièce en tissu gaufré
que je gardais au moins deux années de suite. J'ai donc enfilé le
maillot vert que j'avais déjà porté l'année précédente, pour montrer à
Josiane ce que je serais obligée de porter cet été encore. Mais j'avais
grandi ces derniers mois, et j'eus un peu de mal à l'enfiler. Josiane
me regardait m'habiller, silencieuse, me dévorant du regard et finit
par dire à voix basse : "Oh là là, Kayelle, la starlette !"
En me
retournant vers l'armoire à glace, je compris vite ce qu'elle voulait
dire. Je ne m'étais pas contentée de grandir depuis l'année dernière,
j'avais aussi pris des formes, de vrais seins de femme, des fesses plus
proéminentes, des cuisses plus rondes. Le maillot, par contre, était
resté à mes mensurations d'adolescente, si bien qu'on était conscient
des rondeurs qui tendaient le tissu et cherchaient à s'échapper. "On
dirait Ana Magnani !" me dit Josiane en tripotant le tissu gaufré
pour
faire gonfler un peu un sein ou sortir une fesse. "Surtout ne change
rien, Kayelle, reste comme ça, tu vas les voir tomber comme des
mouches".
Ceux qui devaient tomber comme des mouches, c'était
bien sûr les garçons. Du moins dans nos rêves, parce qu'en réalité nous
étions toujours trop timides pour leur parler. Nous étions allées une
ou deux fois à l'autre bout de la plage de Fréjus, en face du buste de
Roland Garros, vers l'entrée du terrain militaire, "la base" comme on
l'appelait localement, d'où décollaient de gros hélicoptères de
l'aéronavale, dans l'espoir d'être repérées par de beaux
militaires ;
mais si l'un deux s'était avisé de nous adresser la parole, nous
serions sans doute parties en courant dans un fou-rire : j'étais
bien
décidé à ne me donner qu'à un homme que j'aimerais vraiment. Cette
année je n'avais qu'un homme en tête, Pete, et je compris qu'avec ce
maillot je tenais mon arme secrète.
Donc, Pete était à ma merci
et j'avais le costume de l'emploi. Pour l'après-midi, je proposais à
Pete une petite sortie au Dramont, dans le massif de porphyre rouge qui
se trouve à une dizaine de kilomètres de Saint-Raphaël. La 2 CV nous y
conduit sans trop d'enthousiasme, en toussant et en sautillant.
Habituée à l'endroit, je passe devant sur le petit chemin à partir du
parking, non pas tant pour ouvrir la route que pour lui offrir le
spectacle permanent de mes cuisses ; mais je sais, sans vouloir
vraiment me l'avouer, qu'il peut également admirer mes fesses dont le
tissu gaufré vert semble prendre plaisir à révéler des tranches
toujours plus larges. Je me suis entraînée, les jours avant son
arrivée, à faire des mouvements qui aident mon maillot à remonter un
peu. Je me retiens de remettre le tissu en place machinalement comme
j'avais pris l'habitude de le faire à la plage, laissant le tissu se
rétracter à chaque mouvement un peu ample.
Nous approchons de la
minuscule crique où j'avais décidé de jouer le grand jeu. Comme je
l'espérais, elle est déserte, comme presque toujours : un petit
demi-cercle de sable clair entouré de deux côtés par des rochers et
d'une petite falaise du troisième côté, avec un accès un peu délicat
que peu de personnes connaissent. J'ai pris la résolution de me
déshabiller devant Pete, mais je vais donner l'impression que je n'y
suis pour rien et que tout est accidentel. Je propose d'aller plonger
depuis le sommet de la falaise, ce que je faisais souvent, mais je
prends soin en grimpant jusqu'au perchoir de descendre un peu le haut
de mon maillot sur ma poitrine et de défaire les pressions qui
maintiennent les bonnets du soutien-gorge en place. Je ne le quitte pas
des yeux : depuis la plage il m'admire, le regard rivé sur mes
fesses
pendant que je monte, puis sur mes cuisses pendant que je prends des
poses quelques mètres au-dessus de lui. Je reste un instant immobile,
sous son regard qui me rend belle.
Enfin je m'élance : cette
fois, les dés sont jetés. Je perce la surface dure et glacée de l'eau,
je m'enfonce dans l'eau bleu marine : comme je l'avais prévu, je
sens
le haut de mon maillot qui tire sur mes seins. Ma main sent qu'un sein
a été libéré mais que le maillot a résisté sur l'autre. Pete est
maintenant à l'eau et s'approche de moi ; je sors suffisamment le
corps
de l'eau pour qu'il aperçoive mon sein blanc qui est maintenant en
liberté, puis je m'immerge pour l'attirer. Pete s'enfonce à son tour,
le regard rivé sur ce globe blanc qui paraît presque bleuté dans l'eau,
l'aréole et le téton dont le rose tourne au mauve dans cette lumière,
tout couvert de minuscules bulles d'air qui se déplacent avec lui.
Comme si je ne m'apercevais de rien je lui souris, tout en faisant des
mouvements brusques pour dégager l'autre sein. Au bout d'un moment,
enfin, le haut du maillot se rabat jusqu'à la ceinture : je suis
torse
nu devant le garçon que j'aime. C'est inouï pour l'époque, plusieurs
années avant que le topless ne se répande sur les plages de France, et
la réaction de Pete est à la hauteur : il s'étrangle, remonte à la
surface pour prendre de l'air puis replonge pour admirer.
Maintenant,
l'étape suivante, la plus audacieuse. Bien plantée devant lui, je
saisis mon maillot de bain à la taille comme si je voulais le remettre
en place puis, en le regardant dans les yeux et avec un grand sourire,
après avoir fait mine d'hésiter, je tire sur la ceinture — mais vers le
bas, pour enlever complètement mon maillot et m'offrir nue à lui. Son
émoi fait plaisir à voir, mais à un moment j'ai peur qu'il ne se noie
tant il se retient de remonter à la surface reprendre sa respiration.
Je lâche mon maillot vert, maintenant libéré de mes jambes, et je le
regarde, informe, glisser mollement comme une méduse vers le fond de
l'eau que l'on devine, bleu et sombre sous nous. Puis, comme si de rien
n'était, je continue à nager en rond un moment. Quand je m'approche de
Pete je vois que son short est distendu par une érection à la hauteur
de ce que j'espérais.
Il aperçoit mon regard fixé sur son ventre
et ne peut s'empêcher de mettre sa main pour se cacher un peu. Il est
difficile de rester immobile dans l'eau quand on n'a pas pied et je
tourne autour de lui, m'offrant à ses regards sous des angles variés.
Mais le grand nigaud ne comprend toujours pas et reste immobile, la
main crispée sur son short. Il va falloir que je sois plus
claire : je
remonte à la surface, puis je plonge verticalement juste devant lui, me
glissant le long de son corps. Je sens mes seins caresser son visage,
je continue à descendre, il a maintenant le visage entre mes cuisses,
je distends l'élastique de son slip pour le faire passer par-dessus son
érection — ce qui n'est pas aussi simple que ça en a l'air, vu la
taille de son pénis distendu qui jaillit enfin, puissant, violacé, sans
sa capuche. Juste un petit bisou, et je remonte prendre de l'air.
Pete
a enfin compris. Il s'approche de moi, il me caresse, il écarte les
lèvres de ma vulve et essaie d'y faire pénétrer son pénis. Mais sans
point fixe pour se tenir il est quasiment impossible de rester en place
dans l'eau, et chacune de ses tentatives ne parvient qu'à nous envoyer
rouler dans l'eau, cul par-dessus tête. Finalement nous avons décidé
d'un commun accord, sans dire un mot, d'aller nous étendre juste au
bord de la plage, là où les vaguelettes viennent mourir, et c'est là
qu'il m'a prise. Nous sommes restés longtemps enlacés à rouler sur la
grève, le rythme des vaguelettes venant se superposer à nos rythmes
propres, jusqu'à ce que nous n'en puissions plus. Quand Petee se
retire, il entraîne derrière lui des filaments blancs de sperme qui
coulent de ma vulve et qui attirent immédiatement une foule de
minuscules poissons bleu métallisé dons je sens la caresse presque
imperceptible entre mes cuisses.
Le soleil baisse, la fraîcheur
tombe, il est temps de rentrer. Pete enfile son short comme à regret.
Et moi… mais au fait, où est mon maillot ? Soudain je me souviens
de
l'avoir vu descendre dans les profondeurs bleutées ; toute à mon
excitation et à mes rêveries érotiques je n'avais pas alors réfléchi au
fait qu'il faudrait que je le remette pour rentrer à la plage. Pete
prend sa respiration et plonge, mais même s'il parvient à l'apercevoir
sur un rocher, il lui manque au moins deux mètres pour pouvoir
l'atteindre. Que faire ? Je m'imagine mal attendre ici, seule et
nue,
pendant au moins une heure, avec la nuit qui va tomber, en envoyant
Pete courir chercher ma serviette au parking où je l'ai laissée dans la
voiture ; et je m'imagine encore plus mal rentrant au parking
nue ! Il
finit par réussir à descendre plus profondément et remonte, tout rouge,
au bord de l'asphyxie, le précieux bout de tissu vert à la main. Je ne
peux pas décemment me rhabiller comme ça, pour tout remerciement de son
courage. Je l'entraîne sur le sable et il me prend pour la deuxième
fois, au son des dernières cigales pendant que les vagues continuent
leur danse…
* * *
| C'est
joli comme histoire, n'est-ce
pas ? Mais en fait, si vous connaissez tant soit peu Kayelle, vous
savez déjà que ce n'est absolument pas ainsi que s'est déroulée notre
rencontre. Tout ce que vous avez lu jusqu'ici est pure imagination, un
fantasme érotique de ma part, sans rapport avec la réalité : c'est
ainsi que, parfois, je me dis que j'aurais voulu que ça se passe… |
La
vérité est que j'aurais été bien incapable, avant d'être avec Pete, de
faire, voire même d'imaginer, le dixième de ce que j'ai décrit dans mon
premier récit. D'abord, ce n'est bien évidemment pas moi qui ai pris
l'initiative, mais lui. J'étais à l'époque une oie blanche comme on
n'en fait plus, du genre qu'on ne trouve plus guère que sur le marché
de Sarlat. J'avais dix-neuf ans et je ne connaissais rien à mon
corps ;
j'aurais été totalement incapable de l'utiliser pour séduire, et encore
moins de me mettre nue spontanément devant un garçon que j'aimais. Je
vivais protégée par mon armure de vêtements, et ma mère veillait à ce
qu'il n'y ait pas la moindre faille. Mon Pete, au contraire, débarquait
de son grand nord, avec son mètre quatre-vingt dix, sa barbe, son
français hésitant et son impossible accent nordique, pour faire une
année d'étude à l'université de Lyon. Il avait une longue pratique de
la nudité en société, l'habitude de fréquenter les saunas et de se
baigner nu dans les lacs glacés avec sa famille, avec des copains et
des copines ou au milieu d'inconnus.
Nous avions pris l'habitude
de travailler ensemble nos devoirs : je lui corrigeai son
français, il
m'aidait pour l'anglais. Rapidement il m'était devenu indispensable et
je souffrais quand il s'éclipsait pour la journée, mais rien de plus,
jamais un mot personnel, encore moins un geste ou un frôlement :
notre
relation était purement intellectuelle, même si parfois mon imagination
vagabondait un peu. Ma maman m'avait bien mise en garde contre le
danger que représentaient "les hommes" et je regardais droit devant
moi. Je ne m'apercevais pas qu'il s'était attaché à moi comme moi à
lui, et que petit à petit je lui étais, moi aussi, devenue
indispensable.
Tout a basculé lorsque nous nous sommes vus pour
la première fois hors du milieu universitaire. Il m'avait proposé de
passer me prendre chez moi pour aller à la plage au Grand Large, la
vaste retenue d'eau qui s'étend au nord de Lyon. Mes parents m'avaient
donné leur accord, à condition que je ne rentre pas trop tard. Un bruit
de moteur dans notre rue généralement silencieuse, et j'aperçois sa 2
CV fatiguée qui se gare. J'ai le cœur qui bat, je crie "à ce
soir !" à
mes parents et je m'élance, mon sac de bain à la main. Je vois mon père
qui surveille par la fenêtre de la cuisine. Lui qui venait de s'acheter
sa 403 Peugeot flambant neuve, le rêve de sa vie, n'avait pas l'air
d'apprécier la Citroën à bout de souffle de Pete.
Pete me serre
la main et me fait monter à côté de lui ; deux couples se sont
serrés à
l'arrière pour me laisser la place d'honneur, deux grands gaillards
tout aussi nordiques que lui tassés sur la banquette arrière,
accompagnés de deux déesses blondes souriantes, l'une sur les genoux
d'un des garçons et l'autre dont la tête dépasse du coffre :
pourquoi
Pete me regarderait-il quand il a accès à de telles filles chez
lui ?
La Citroën traîne par terre et peine à sortir du caniveau en faisant de
grands bonds dans un long gémissement accompagné par les "hourrah" des
copains. Tout en commençant à rouler, Peter me présente :
"Kayelle,
dont je vous ai parlé" et m'énumère les prénoms de ses copains et
copines que j'oublie instantanément.
Au Grand Large, nous ne
prenons pas le chemin que je connais ; Pete nous conduit beaucoup
plus
loin, sur un petit parking en sous-bois à deux pas du lac où on
s'arrête enfin. Un panneau indique "plage naturiste", que je prends,
dans ma naïveté, comme signifiant que la plage est en pleine nature.
Une fois sur la plage, je prépare mon maillot de bain une pièce en
tissu gaufré vert pâle et ma serviette que maman a choisie très grande
pour que je puisse bien m'y cacher quand je me change sans que rien ne
risque de dépasser. Pendant que je me contorsionne, je vois les deux
filles dégrafer leur jupe sans cérémonie. J'ai un moment de
panique :
mais elles sont folles, si elles continuent on va voir leur
culotte !
Personne n'avait jamais eu le droit de voir ma petite culotte, ou
plutôt ma grande culotte, puisque celles que les filles portaient à
l'époque couvraient du nombril jusqu'au haut des cuisses. Intriguée,
comme hypnotisée par ces jeunes femmes, je vois leur jupe tomber et
leurs fesses apparaître au soleil, sans qu'elles fassent le moindre
effort pour se cacher aux regards. Aucune culotte, de toute évidence
elles n'en portaient pas : mais comment est-ce possible ? Une
femme qui
ne porte pas de culotte sous sa jupe, ça existe donc ?
Il est
difficile de croire aujourd'hui qu'à dix-neuf ans je n'avais jamais vu
une femme nue, pas même ma mère — quant à avoir vu un homme nu, il ne
faut pas rêver ! Ma meilleure copine, Josiane, n'avait jamais
quitté sa
culotte devant moi quand nous essayions des vêtements. Et je ne m'étais
jamais regardée moi-même de près dans un miroir : ça ne se faisait
pas,
c'était malsain, seules les petites dévergondées s'y seraient risquées.
Et encore nous, les filles, nous avions de la chance car nous ne
risquions aucun dégat physiologique : on disait au contraire que
si les
garçons s'intéressaient à leur bas-ventre, ça risquait de les rendre
aveugles.
Ensuite, c'est le tour du haut, sans plus de
cérémonie, et leurs seins éclatent dans la lumière. Comment des filles
au teint aussi nordique peuvent-elles avoir des seins bronzés ? Je
ne
comprends pas ; elles ne pouvaient quand même pas s'être mises au
soleil sans soutien-gorge, ça n'existe pas, ce genre de chose ! Je
reste médusée, figée, transformée en statue, enroulée dans ma
serviette, immobile, ne sachant si je rêve ni ce qu'on attend de moi.
Quand les garçons arrivent, totalement nus également, je crois avoir
une syncope. Le seul zizi que j'avais vu jusqu'ici était celui de mon
petit frère à l'époque où on pouvait encore entrer à la cuisine pendant
qu'il se lavait dans le tub en zing, et je ne parviens pas à faire le
lien entre son petit vermiceau pendouillant de son ventre glabre et ces
énormes pénis poilus qui décorent ces garçons et dont je n'arrive pas à
détacher mon regard. Voilà donc à quoi ressemble un homme ! Si
j'ai
bien compris les conversations qu'on se chuchote entre filles, il va
falloir un jour que je fasse entrer tout ça entre mes cuisses… Mais
comment faire, c'est impossible, c'est beaucoup trop gros ! Je
suis
partagée entre la crainte, l'effarement devant la conduite de ces
extra-terrestres et l'admiration de ces sexes libres ; presque
deux
décennies de conditionnement sont remises en questions en l'espace de
quelques secondes. Mais qu'est-ce que je vais dire à ma maman quand
elle me demandera comment s'est passée notre baignade ? "Très
bien,
mais les messieurs étaient tout nus" ? ou bien "Les dames se
baignaient
sans culotte" ? La superposition de l'image de ma mère et de celle
de
ces humains libres et nus me fait esquisser un sourire.
Quand
Pete s'approche de moi, souriant, tout mouillé car il a déjà plongé
dans le lac, son sexe divin se balançant au rythme de ses pas, en me
disant, "Alors, Kayelle, tu viens ?", j'en lâche ma serviette,
tétanisée comme je le suis, et je me retrouve en culotte géante bleu
sombre devant lui, désarmée, horrifiée à l'idée de ce que va dire ma
maman. Mais lui, tout naturellement, comme s'il voyait ça tous les
jours, ajoute "Dépêche toi, on t'attend" ; il s'agenouille devant
moi
sur le sable frais et sans plus de cérémonie baisse ma culotte,
tendrement, dans une caresse, le regard fixé sur mon sexe où il finit
par déposer un petit bisou sur les poils. Je suis en feu, et je ne sais
pas comment je réussis à me débarrasser de mon haut : c'est
peut-être
lui qui me l'ôte, je suis dans un état second et je ne m'aperçois de
rien. Je suis nue en public devant le garçon que j'aime ; je sens
que
je bascule vers un autre monde.
Le soir, chez lui, tous à table
autour d'un plat nordique un peu indigeste — la cuisine nordique est le
seul aspect de sa culture que je n'ai jamais réussi à apprécier !
—,
l'ambiance est magique, je ne suis plus moi-même, j'ai changé d'univers
pendant la journée. Oubliée ma famille, oubliée la 403 et ses chromes,
oublié le rideau de la fenêtre de la cuisine qui se soulève au moindre
bruit à l'extérieur, oubliées toutes ces années de mises en garde, de
prudence, de pruderie, de pudibonderie, d'hypocrisie, oubliés les
jupons et le soutien-gorge à armature et la culotte géante, oubliée la
serviette de plage, oubliés les "attention, on voit ton jupon" ou
"descends de là, on va voir ta culotte" !
Quand Pete me dit
"viens", je me lève de la table et je le suis dans sa chambre. Quand il
me dit "déshabille-toi", j'ôte mes vêtements, sans aucune pudeur cette
fois-ci. Quand il me dit "je te veux", je me donne, malgré l'effroi que
m'inspire son sexe, maintenant dressé, méconnaissable, superbe,
glorieux, immensément désirable. Il met la main à des endroits que
jamais un être humain n'avait touchés, ouvre des passages dont
j'ignorais l'existence, il me cause des sensations dont je ne
connaissais pas la cause ni le nom. Il me dépucelle là, sur le lit de
sa chambre d'étudiants, sous le rayon couvert de ses livres et de ses
dictionnaires, vite fait bien fait. Je suis devenue une femme.
Pour
aller se doucher il faut passer par la salle où les copains sont
attablés, et je la traverse nue, très naturellement, sans aucune honte
: je viens de me faire baiser par Pete et j'en suis fière, je voudrais
que le monde entier le sache. Les deux garçons arborent un petit
sourire, l'une des deux filles me saute au cou et me murmure à
l'oreille "Il est bien, ce Pete, garde-le, Kayelle". Je suis toute nue,
tenant de la main un mouchoir de Pete appliqué sur l'ouverture béante
de mon sexe pour retenir le sperme mêlé de sang qui a commencé à
dégouliner le long de mes cuisses, et la situation n'est peut-être pas
idéale pour tenir une longue conversation de salon, mais je lui souris
et je lui réponds que je sais, avant de filer vers la douche où
m'attend mon homme. Et depuis ce jour je me suis appliquée à suivre son
conseil. On a fait l'amour presque quotidiennement pendant le reste de
l'été, d'une façon plus calme, moins frénétique, et finalement beaucoup
plus agréable. Il s'est excusé pour la première fois, en me disant
qu'il n'en pouvait plus et qu'il n'avait pas pu attendre plus
longtemps. À la rentrée, j'ai obtenu de mes parents d'aller vivre chez
lui.
Voilà comme s'est vraiment passée ma première fois avec mon homme — et
non pas dans une crique du Dramont.
C'était
il y a un peu plus de quarante ans. Nous avons vieilli, sa barbe a
blanchi, il a pris un peu de ventre ; moi non plus, je n'ai plus
le
ventre plat sur lequel il a déposé ce baiser sur la plage, ce baiser
auquel même aujourd'hui je ne peux pas penser sans un frisson. Depuis
quatre décennies, je l'ai gardé, ce Pete, parce qu'il est bien, comme
me l'avait dit la copine. Je lui dois toute une partie de ma
personnalité, j'ai adopté son attitude devant la vie, son absence de
complexes, sa décontraction avec la nudité, son enthousiasme pour le
naturisme, bref tout — sauf la nourriture de son pays d'origine, à
laquelle je ne me suis jamais faite.
kayelle
—
un rien m'habille...